Dans Mon sac

 Avec le temps, 8 mois maintenant, j’ai pris certaines habitudes. L’une d’entre elle et celle dont toutes les autres découlent est mon sac. Il a perdu son bleu éclatant du début, les multiples transfèrent en bus on finit par le trouer à certains endroits. Il n’en reste pas moins ma pièce centrale, mon coffre au trésor, ma maison ambulante.

Chaque chose y a présent sa place. Son organisation et sa composition ont bien changé depuis le début. De 10 kg, tu es passé à 13 kg, puis 16, et enfin, 15. Tout ce que tu contiens met devenu essentiel. J’apprécie le mouvement de bras qui me donne toujours l’impression de danser quand je te mets sur mon dos. J’apprécie te fermer sur mes hanches pour alléger ta charge. Mais je suis toujours ravie de t’ouvrir et d’en sortir tous tes trésors. Chacun d’eux fait que partout où je vais je me sens chez moi. Parfois je te voudrais plus léger parfois je peste, mais tu mets toujours un sourire sur le visage des gens quand ils me demandent si je voyage seule.

« Non, je voyage avec mon sac « 

Tu es ma meilleure excuse pour continuer à marcher, pour changer de place, pour m’arrêter, pour râler, pour m’asseoir, pour créer, pour rêver, pour aller encore et encore plus loin…

Jpeg

Au départ, je t’ai rempli de deux tuniques, deux pantalons de trek, des choses pratiques à multiple utilité. Et puis, l’Inde t’a apporté tes premiers crayons, ton premier bloc de dessin. Suivi quelques mois après par des pinceaux et une boîte de peinture acrylique. Mes carnets se sont remplis petit à petit, et j’ai rajouté des livres, et un autre carnet d’écriture car l’autre était fini.

Tu t’es orné d’encens dans une de tes poches, et d’un rouleau de cellophane. Non, ce n’est pas une blague, je l’utilise pour te couvrir, te protéger des vols et de la pluie quand je prends l’avion. Que je l’aime ce moment juste avant l’enregistrement où je te fais danser et tourner sur le sol jusqu’à ce que tu sois recouvert de ce plastique fin. Tu as également hérité d’une grande plume d’aigle noire. Elle me rappelle cette rivière magnifique du bout du monde, celle qui courrait vers le Tibet depuis Chitkul. Elle me rappelle la neige, ces maisons en bois, ce village minuscule aux gens humbles et souriants. Elle me rappelle Alex car c’est lui qui te l’a offert. Elle me rappelle l’Inde.

Et puis tous mes vêtements ont une histoire maintenant. Je porte certains d’eux depuis 8 mois. Ils sont tous troués sans exception. Mais je les aime. Il me rappelle où je les ai acheté, où je les ai troué, où je les traîné, où je les ai rafistolé. Sur chacune de mes photos, j’ai les mêmes. Parfois j’ai envie d’en avoir des nouveaux mais finalement je n’en rachète que quand je me sépare de certains. Et je garde toujours les mêmes. Je les ai choisi avec attention, j’aime leur tissu fin. Ils sèchent rapidement ne tiennent pas trop chaud, sont utilisables de l’Inde à l’Indonésie. J’aime leurs couleurs et leurs motifs.

Aujourd’hui mon cher sac, je pose une nouvelle chemise dans ton ventre. Elle a déjà son histoire. C’est un cadeau. Elle me rappelle, un voyageur, un de ceux qui ont beau venir du bout du monde, te ressemble et te comprends comme si vous aviez grandi ensemble. Tu m’as accompagné à GeorgeTown, le première fois que j’ai vendu mes colliers dans la rue. Je t’ai porté chaque soir, sur cette plage où nous avons vécu pendant 5 jours au milieu de la jungle. Avec toi, j’ai joué de l’harmonica pour la première fois.

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Chacun des objets que tu contiens, mon sac est devenu une habitude. Ainsi le paquet de thé de ta poche droite est devenu mon meilleur ami du matin, ton assiette en métal mon allié principal quand je veux manger des salades, le dras de soie une obligation pour m’endormir, ma grosse écharpe en laine de yak, mon instant de douceur et ma sauveuse lorsque les températures passent en dessous de 20 degrés.

Et finalement toutes ses petites choses, qui ne sont que des choses, sont devenues un petit bout de vie, de ma vie. Celle que je mène sur la route. Alors quand je râle car à présent tu vacilles entre 13 st 15 kg, je me rappelle qu’autre fois, il me fallait un camion pour transporter toutes ces choses. Alors en comparaison, tu ne pèses pas grand chose.

« Dans mon sac, il y a, il y a savez vous quoi ?

Une petite baleine, avec un bonnet de laine,

Elle a de si jolis yeux, de jolis yeux d’amoureux.

Dans mon sac, il y a, il y a un petit pois

Aussi gros qu’une orange. Attention ! Si tu la manges.

Tu reviendras si petit, aussi petit qu’une souris.

Dans mon sac, il y a, un bateau en chocolat

Transportant une valise, de mensonges et de bêtises,

Dont j’en suis le capitaine, ah vous dira la baleine. « 

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3 réflexions sur “Dans Mon sac

  1. Merci pour ce beau texte, où je pense que de nombreux voyageurs se retrouveront, lu depuis Bali où nous sommes depuis 2 jours et où nous allons nous poser un moment.
    Olivia and family (rencontrée à Georgetown, dans le ferry, quand tu nous as guidés jusqu’à l’hôtel « MENU café&Lodge »)

    J'aime

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