Ipoh

Après 3 heures de train dont j’en ressors congelée à cause de la climatisation me voilà débarquant à Ipoh. Comme à mon habitude, je n’ai rien réservé, j’ai seulement en tête le nom d’une guesthouse que l’on m’a conseillé.
En sortant de la gare, je suis accueillie par la prière s’élevant de la mosquée. Je m’arrête. J’avais oublié ce chant. Il me ramène au Maroc, à mon premier voyage. Je me rends compte que c’est sûrement celui-là qui m’a donné le goût du voyage, la découverte de quelque chose de nouveau, le départ vers l’inconnu sans plans, ni réservation.

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C’est pas tout ça mais où je vais maintenant ? Je regarde les routes qui partent de la gare, de grandes avenues sans charme, impossible de deviner vers où elles peuvent m’emmener. Je retourne vers la gare, à la recherche d’un plan, d’une direction à prendre. Au guichet, j’ai l’air de les embrouiller plus qu’autre chose. Je leur demande pour finir, les voyant complètement perdus, où est l’office du tourisme. Ça n’a pas l’air de leur simplifier la tâche. Je commence à m’impatienter. Oui, oui, ça m’arrive parfois.
 »Tout droit, à gauche, à droite » Le monsieur m’indique la direction de la mosquée. Mmh, me voilà bien avancée, il y a une rue sur sa gauche et une sur sa droite. Je me lance vers la gauche, en me disant que même en politique, c’est le meilleur du pire.

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Après avoir demandé à plusieurs personnes sur la route, je trouve enfin l’office du tourisme, fermée ! Je repars en direction des rues, demande aux gens, s’ils connaissent la guesthouse que je cherche. Pas un ne sait, je commence à me dire que c’est de la mauvaise fois, pour tous ces gens qui ont un smartphone. Au bout d’une demi-heure à errer sac sur le dos, ça rallonge le temps je vous assure, je finis par trouver une personne qui m’indique une rue. Je fais la rue dans tous les sens ne trouve pas. J’essaye celle d’à côté.

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En longeant la rivière, alors que je commence à vraiment m’agacer et ronchonner sur les malaisiens, un homme vient dans ma direction et me demande si j’ai besoin d’aide. Je ris, oui c’est le moins qu’on puisse dire. Par miracle, il connait la guesthouse que je cherche et propose de m’y conduire, je le suis. Je me retrouve dans la même rue, la guesthouse est en fait au premier d’un restaurant dont le nom n’a rien à voir.
Donc cher ami voyageur, si vous chercher la guesthouse bed and bicycle, aller au restaurant 1981, ça ira plus vite et ça revient au même.

Je m’installe, ils sont adorables, me propose de laver mon linge gratuitement à la machine, troisième fois depuis que je voyage. Et ils me donnent même une carte.

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L’après midi, je pars donc à la découverte de la ville, sur la carte j’ai repéré quelques parcs et le bord de la rivière avait l’air agréable. En parcourant les rues, je remarque vite que je suis une des seuls touristes, voir la seule. J’arrive enfin au parc qui n’a rien d’extraordinaire, mais qui a le mérite d’être calme. Je m’installe pour une petite heure de méditation.

Je décide de prendre un autre chemin pour le retour. Alors que je marche le long d’une route. Plusieurs scooters s’arrêtent pour me demander si je suis perdue. Je souris, non, j’ai un plan maintenant. Un dernier scooter s’arrête, c’est un couple. Ils me demandent où je vais, je leur explique que je me promène. Ils semblent surpris, m’expliquent que c’est pas très sûre pour une femme de marcher toute seule.
Euh… je leur explique que je voyage seule, et que par conséquent si je marche pas seule, je ne marche pas, et que dans ce cas là, j’ai pas de raison de voyager. La femme sourit, me dit que je suis vraiment très courageuse.Je la trouve belle. Ils me proposent de m’emmener faire le tour de la ville demain en voiture. J’accepte et nous échangeons nos contacts. 

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Ils insistent pour me raccompagner mais je leur refuse poliment en prétextant que le jour n’est pas encore couché et que je suis pas loin.

Je reprends ma marche, surprise. Alors ça on me l’avait encore jamais fait. Arrivée à 5 minutes de la guesthouse, je recroise le même couple.

Je rigole et leur dis  » vous voyez je suis arrivée à bon port ». Ils sourient, j’ai le droit à un autre tu es vraiment courageuse. Ils me proposent de m’emmener manger j’accepte. J’apprécie leur compagnie.

Nous mangeons dans un restaurant indien. Ils me questionnent sur ma vie, je fais de même. J’apprends qu’ils ont été tous deux mariés avant, et qu’ils se sont rencontrés il y a un an. Ils me font rire, ils parlent deux en se nommant aunty et uncle. Ils m’ont adoptés, et je dois dire que moi aussi. J’aime leur simplicité de vivre, elle aime chanter et va parfois au karaoké et lui aime le cinéma. Ils ont pas l’air d’être très riches, mais semblent heureux. Et je peux déceler une véritable complicité entre eux d’eux. Uncle m’explique qu’il ne travaille plus car il a eu des soucis de santé et qu’il peut donc m’emmener voir un temple chinois le lendemain. Aunty, elle travaille à l’accueil d’une banque, elle me fait comprendre qu’elle aurait été heureuse de se joindre à nous mais qu’elle doit travailler. Elle me fait quand même promettre de manger à nouveau avec eux pour le dîner du lendemain.

La discussion continue. Je leur parle de l’Inde, de mon voyage. Ils parlent un anglais très simple mais suffisant pour se comprendre parfaitement. Je leur montre mes dessins. Aunty est passionnée, elle me demande si je sais faire de l’henné.  »Oui, demain je t’en ferais après ton travail, si tu veux » la voilà aux anges.

Ils me ramènent à trois sur le scooter. Moi ça me paraît normal après l’Inde, mais à la façon dont aunty dit  »oh, it’s sooo cool ! » Je comprends que c’est plus commun en Malaisie qu’en France. On rit, on se dit à demain.

Le lendemain, à 13h précise, heure de notre rendez-vous, Uncle m’attend devant la porte. Il m’emmène dans un petit restaurant malay, c’est très bon.

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Et nous voilà partis pour visiter mon premier temple chinois. Je suis épatée de leurs goûts pour le kitch, et les couleurs en tout genre mais c’est joli.

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Le temple, qui est en fait l’alignement de plusieurs, est creusé dans la roche, tel une cave. L’un d’eux offre la possibilité de monter pour avoir une jolie vue.

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Nous partons visité un autre parc, aux alentours d’Ipoh. C’est joli, c’est calme. Pendant que je fais le tour, Uncle discutent avec deux hommes. Il a l’air de connaître tout le monde. L’un d’eux est d’origine chinoise, je le devine à son visage mais surtout a son accent qui rend son anglais indéchiffrable. Uncle semble leur avoir raconter un peu mon histoire, qui a l’air terroriser cet homme.
Il s’exclame que c’est dangereux, que je peux pas voyager toute seule en Malaise, que c’est pas comme la France. Il commence à me taper sur le système avec sa morale à deux francs six sous. Je le laisse finir. Lui demande s’il est déjà aller en France. Non me dit-il.

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Je lui explique de façon rapide qu’en France actuellement on a eu 3 slaves d’attaques terroristes en moins de deux ans et pas en Malaisie. Il m’écoute en silence. Je continue sur le fait que les malaisiens sont très gentils plus que les français avec les touristes. Et que si on part du principe qu’on ne va pas là où c’est dangereux, on ne sort plus de chez soi, car oui les gens meurent aussi en moto.

Il ne dit plus rien, me dit que je suis courageuse, encore un et passe le respect à mes parents. Décidément, on vient pas du même univers.

Quand Aunty sort du travail, ils m’invitent à boire un thé chez eux. Chez eux, c’est une pièce de la taille d’une petite chambre, une petite étagère blanche, un ventilo, des couvertures roulées dans un coin, pas de fenêtres, une ouverture de 15 centimètres en haut des murs qui ouvrent sur d’autres chambres, pour faire circuler l’air. Un toilette, et un paumeau de douche. Un frigo en commun avec 7 autres chambres, un gaz, un évier. Aunty soupire en enlevant son foulard  » on est bien chez soit » On discute, boit un thé. Elle cherche dans ses affaires et me sort un pantalon, un débardeur et une petite chemise. Elle me les tend en me disant que c’est pour moi, je refuse prétextant que mon sac est trop gros. Elle insiste me disant qu’elle ne rentre plus dedans et me montre mon pantalon noir qui a un trou recousu mais que je n’ai pas voulu jeter car trop confortable.

J’accepte finalement le débardeur et la chemise et les enfile, mais après qu’elle m’est poussé sous la douche en me disant que je sentais pas très bon. Il semblerait que c’est sa façon de prendre soin des gens et je vous rassure, je prends une douche matin et soir.

Douchée et avec mes nouveaux habits, elle me rend l’henné. Et c’est parti ! Je m’amuse, on discute encore, elle chantonne.

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Elle appelle ses voisines. Toutes discutent et rient de bon coeur, je dessine. Une fois la main finie, elle est ravie et me demande de lui faire une fleur sur le bras. Puis je m’attaque à la main de la voisine et enfin la mienne.

Chacune me raconte leur histoire et ce qui les a amené dans ces chambres. Uncle fait la traduction. Je leur suis reconnaissante de m’avoir ouvert leur porte et aussi une part de leur vie.

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Nous mangeons notre dernier dîné ensemble, je pars le lendemain. Uncle trop inquiet de me voir partir seule, tient à m’accompagner au bus. J’accepte, quitte aunty le soir, le coeur un peu serré. Lui promet de lui donner des nouvelles, et de passer les voir si je repasse par Ipoh. Je suis toujours étonnée de la générosité dont font preuve certaines personnes alors qu’elles ont tout juste de quoi leur suffire.

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