Lumbini

Après un enchaînement de bus locaux, dont je finis par m’habituer, j’arrive à Lumbini vers 14h.
Lumbini est composé de Lumbini Bazaar, de la partie temple et monastères, et du nouveau Lumbini. Je m’installe à Lumbini Bazaar, qui est une longue rue populaire et vivante avec quelques hôtels et restaurants. Après avoir négocier les prix dans plusieurs, je finis par trouver mon bonheur pour 300Rps, avec fenêtres, un bon wifi, une grande terrasse où je ne manque pas de remarquer un grand mur vide. Je profite de la brise qu’apporte le ventilo, pour me reconnecter avec la société, appeler les copains et la famille.

Vient alors le temps du grand nettoyage. Je me rends compte qu’une partie de mes affaires ont moisi entre la jungle et la ferme. Donnant une odeur à mon sac infernale ! Je pue de la tête au pied, il me reste des traces de terre de la ferme, mes cheveux et mes sourcils sont pires que des broussailles. Bref, il est tant de sentir le savon et la lessive. Je lave tout, à la pompe manuelle qui est dans la cour. Étant seule dans la guesthouse, je m’accapare la terrasse couverte pour tout faire sécher sous le ventilo.

IMG_3494_1

À une heure tardive, je finis par aller manger, fraîche, propre. Je ne vais pas bien loin, on me conseille le restaurant d’en face. D’où je me suis installée, j’ai une excellente vue sur tout ce qui se passe dans la rue. J’observe encore et encore.

Ici, j’ai l’impression de retrouver une part indienne. On est pas loin de la frontière et ça se ressent. Les peaux sont plus foncées, les regards plus noirs et presque brûlants des indiens. Les femmes portent plus de saree. La vie s’agite dans la rue. Entre les vendeurs ambulants de momos et chowmein, ceux de mangues. Les enfants jouent un peu partout. Je remarque que je n’ai pas croisé un blanc depuis que je suis arrivée…

IMG_3524_1

Le lendemain, je sors lorsque le ventilateur se coupe et me décide d’aller faire un tour du côté du temple centrale où est né Buddha.
J’apprécie tout de suite l’endroit. En quelques pas, on passe de la petite ville aux rues animées, au silence de la nature qui entoure les lieux. Je me ballade, vais découvrir le lieu de naissance de Buddha.

Je me dirige ensuite vers les monastères. Le soleil tape fort, il commence à faire extrêmement chaud.

Je tombe soudain sur le petit Toulouse du Népal. Je ris. Profite de l’ombre et du frais qu’apporte l’eau. Quelques enfants se baignent.

IMG_3479_1

Je continue sur la visite de quelques monastères. Un grand nombre de pays, a fait construire son monastère pour accueillir des fidèles et un temple. Tous les styles sont un peu représentés et du coup les différents courants de pensées bouddhistes.

IMG_3496_1

Pour trouver les entrées, c’est parfois un vrai labyrinthe, dont je n’ai toujours pas trouvé la logique. J’empreinte des rues qui ne mènent à rien, et des broussailles qui donnent sur des microchemins allant jusqu’à une porte qui ne ressemble en rien à une entrée. Bref je rentre le soir, épuisée mais contente de ma journée.

Je regarde encore une fois ce mur depuis ma chambre. Le lendemain la décision est prise, je négocie ma peinture pour 200Rps. Dans les jours qui suivront, Lumbini se remplira tranquillement d’étrangers trouvant tous leur quartier au petit café d’en face. Je partagerais un matin avec un français, puis une après-midi avec un chilien. Je calcule mon temps en fonction de l’électricité locale de façon à ce que je sois sur la terrasse pour peindre quand le ventilo marche. Autrement, je transpire tellement que mes pinceaux glissent.

IMG_3549

La famille de la guesthouse voit mon travail évoluer jour après jour avec étonnement. J’avoue être assez fière de moi. Ce dessin me ressemble, il est peut-être un peu moi. Me représente bien. Ma technique s’améliore, et je finis de moins en moins avec du noir partout.

Aujourd’hui je voudrais vous raconter un peu plus en détail, une rencontre que j’ai fait une  rencontre qui m’a touché. Elle s’appelle Sashmita. Elle a 10 ans, peut être 11 me dit-elle. Sashmita est devenue orpheline, comme beaucoup d’enfants après le tremblement de terre. Sashmita, c’est une petite fille mais pas comme toutes les autres.

IMG_3536_1

Un matin, alors que nous prenons un thé au restaurant d’en face. Elle arrive avec un cahier, et nous parle népalais. Elle demande de l’argent, ce n’est malheureusement pas là seule. Moi je ne donne pas d’argent, je lui explique avec quelques mots simples de népalais, mais si tu as faim, assis toi, je t’offre des samoussa. Elle sourit et s’en va. C’est souvent le cas, de l’argent mais pas de nourriture, et on ne sait jamais trop où va l’argent. Entre ceux qui racontent que beaucoup d’enfants ont été envoyés en Inde pour travailler, que d’autres sont engrenés dans des trafics où ils quémandent de l’argent pour le refiler à un « supérieur ». Bref, j’essaye de faire ce qui me semble le plus juste.

L’après midi, alors que je me balade pendant que mon ami chilien est parti voir le lieu de naissance de Bouddha, je la retrouve. Elle me sourit, et arrive pour discuter avec moi en népalais. Je ne comprends pas tout mais devine et essaye de lui répondre. Elle s’installe avec moi, nous retrouvons Rulo. La chaleur est étouffante, on se pose à l’ombre près du canal. Elle semble contente de rester avec nous. Nous parlons, par question et réponse courte mais le dialogue passe étonnamment. Rulo, ne comprend pas me dit il, pour moi ça me semble facile, pour elle aussi. Nous irions.

IMG_3504_1

Finalement, nous décidons de continuer la visite des monastères. Je propose à Sushita de venir avec nous. Elle saute de joie, glisse sa main dans la mienne. Sur le chemin elle le chante des chants, je lui en réponds d’autres. Elle sourit. Le soleil tape, brûle. Je lui prête mon foulard pour qu’elle se protège la tête.

IMG_3519_1

Et nous nous sommes adoptées l’une et l’autre. Je crois qu’il n’y a pas d’autres mots. Le temps d’une journée, j’étais devenue la grande soeur et elle la petite. J’avais soudain quelqu’un sur qui veiller, et elle avait quelqu’un qui prenait soin d’elle. Tout d’un coup, nous n’étions plus seule, nous étions deux, main dans la main. J’avais confiance en elle et elle se sentais en sécurité. Malgré notre différence de langage, nous discutions ensemble. On se comprenait au delà des mots. Au début balancée, entre son besoin d’argent et juste le fait de passer une bonne journée, elle a bien vite choisi de simplement rester avec nous. Elle redevenait une enfant le temps d’une journée, sans ses problèmes d’adultes.
Elle avait des poux, de l’urticaire, ses vêtements étaient troués mais je ne pouvais pas m’empêcher de la trouver belle.

IMG_3546_1
Je pris soin d’elle pendant qu’elle découvrait les temples. J’aimais son regard émerveillé, elle me tirait la main comme pour me dire regarde, regarde comme c’est beau. Et je tenais sa petite main, bien serrée dans la mienne, en lui répondant oui, c’est magnifique. Lorsqu’elle se sentait gênée par le regard de certains népalais, je m’avançais et la prenais sous mon aile. Elle est avec moi.
Et nous partions ensemble faire le tour des temples, se brûlant les pieds sur le sol, à sa demande. On riait faisant les prières les plus vites possible. Rulo, nous regardait étonné et nous ça nous paraissait naturel. Elle me parlait en népalais, je lui répondais en français. Les mots en soit ne servait à rien, on allait d’un parfait accord, s’abriter à l’ombre d’un arbre quand le soleil, nous brûlait. Je lui donnais à boire, elle me faisait ce petit geste du petit doigt quand elle s’éloignait faire pipi. Je la retenais de se gratter quand ça la démangeait trop. Et la journée passa alternant rires, et discussions. Je finis par entendre son ventre gargouiller et lui reproposa de lui offrir à manger, elle choisit les noodles, à emporter.
Le temps d’une journée elle était redevenue une petite fille, elle avait choisi d’être tout simplement heureuse et accompagnée. Et j’avais veillé sur elle. On se dit Au revoir, on se dit à demain. Mais je crois que l’une comme l’autre, on savait que ce n’était qu’une parenthèse. Que ça ne pouvait pas être tous les jours, on avait simplement profité du moment présent.

Je ne l’ai pas revu le lendemain, mais je garde un doux souvenir de cette journée, et elle a gardé mon foulard :-)

IMG_3545_1

Dans les yeux de Sushita, je me suis rendue compte que je m’étais habitué au Népal. Que j’appréciais leur façon de vivre simplement, au rythme des heures d’électricité locale, des pompes à eau manuelles, de la pluie parfois intense parfois juste brumeuse, du gros soleil.
Qu’à présent, ça me paraissait normal qu’à chaque fois que tu trouves un endroit tranquille à l’ombre, une heure après tu te retrouves entourée d’une vingtaine de népalais. J’ai appris à apprivoiser leurs questions  »tu t’appelles comment, tu viens d’où, tu restes combien de temps ici ? » Lâchées d’un trait, pour les questionner à mon tour. Je rigole de voir les têtes quand ils me regardent du coin de l’oeil et que je viens à leur rencontre. Ça crée parfois des situations incongrues comme la fois où une classe me croise et me regarde comme si j’étais, euh blanche aux cheveux courts, je leur dis bonjour, il n’en fallait pas plus pour avoir 30 étudiants debout autour de moi à me lancer des questions.

IMG_3543_1

 »Je m’appelle Laetitia, j’ai 24 ans, je voyage toute seule, je viens de France, je suis au Népal depuis un mois. »

Publicités

3 réflexions sur “Lumbini

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s