Shukranagar

Je quitte la petite maison de pailles, à 8h. Ici il n’y a pas d’arrêt de bus, il suffit d’atteindre dans la rue et d’arrêter le premier bus qui passe. Quelque soit le sens, ils vont tous au même endroit, Narayangarh, la ville au carrefour des 3 routes du coin. Puis un autre bus, et me voilà débarquant sur des routes minuscules de campagne avec un gros bus roulant à toute vitesse. À coup de klaxon nous nous frayons un chemin parmi les villageois. J’arrive enfin au village, ne connaissant pas la maison, je demande aux gens que je croise.

À quelques pas, je trouve enfin. Une dizaine de femmes et d’hommes sont réunis. La Maman de la famille, Durga m’accueille. Elle parle un anglais très simple mais suffisant pour me dire bienvenue, ceci est ta chambre. Je pose mon sac. Et chacun me fait une place dans le cercle de ce qui semble être une réunion. Je me rends bien vite compte que personne ne parle anglais où juste assez pour me demander mon nom. Ils parlent tous en népalais sur un ton assez animé calculette en main. Ça éclate de rire, ça se fâche parfois. Je ne comprends rien mis à part le mot eau et manger qui reviennent fréquemment.

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À 11h, Durga m’invite dans la cuisine, une fois le groupe parti. Le fameux dhal bhat m’attends avec un verre de lait. Nous essayons de discuter ensemble mais son anglais vaut mon népalais et nous finissons juste par sourire. Je l’aime bien.
Une fois le repas fini, je lui demande ce que je peux faire pour aider.  »To hot, sleep. » Ah, le ton est donné. Dans la journée assise dans la cour en compagnie de Durga et des voisins passant là pour discuter, je me prendrais vite compte qu’il n’y a pas grand chose à faire dans la journée. En fin d’après midi, je rencontre le mari qui débarque en moto dans la cour. Il vient directement vers moi et me souhaite la bienvenue en anglais. C’est l’heure du chai. Tout en buvant le sien, il me pose des questions. Je suis contente de trouver quelqu’un qui parle anglais. J’apprends que la plantation de riz ils ne la font qu’un an sur deux, malheureusement on est pas la bonne année. J’étais venue principalement pour ça, mais c’est pas grave, je garde le sourire. Les abeilles, c’est la mousson donc ils ne récoltent pas le miel. Ah, il me sourit mais on a les poulets. 3400 poules pondeuses. Et le maïs. Voilà ça sera ma principale occupation. J’étais venue dans l’espoir de pouvoir m’activer et travailler.

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J’apprendrais à vivre à la népalaise au rythme des saisons et en l’occurrence de la pluie. Je comprends vite qu’ici il y a une règle simple. S’il ne pleut pas le matin, il pleuvra l’après midi, s’il ne pleut pas pendant la journée, il pleuvra le soir, s’il n’a pas plus le soir, il pleuvra la nuit. Voilà !

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Le rythme s’écoule donc tranquillement. Le matin je me réveille entre 6h30 et 7h, au delà la chaleur est déjà peut supportable pour rester au lit. Dès que Durga me voit réveillée, elle sonne leur du thé. Chacun quitte son occupation, l’employé qui aide pour les poules, et le papa s’il est là. Je pars ensuite à la douche. La première collecte d’oeufs a commencé, je vais donc aider à trier les oeufs, et les disposé sur les barquettes. En une demi heure c’est fait généralement. Après plusieurs jours d’insistance, Durga me laisse balayé la cour. C’est une habitude qu’ils ont aussi en Inde. Passant le plus clair de leur journée dehors, ils nettoient donc l’extérieur, aussi bien les devantures de magasins, le bout de rue que la cour, avec un balais à main fait de branchages. Dans notre cour, ombragée par 4 manguiers, je nettoie donc les feuilles de arbres, les petits cailloux, la terre retournée par les fourmis.

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Il est alors 9h30-10h, c’est l’heure du repas de midi. Dhal Bat pour tout le monde, accompagné de quelques légumes, d’un verre de lait et du mangue. Le premier jour Durga me servira une quantité monstrueuse de riz que je ne pourrais finir. Elle finira par me baisser les quantités, tout en m’en laissant quand même suffisamment pour que je sois plus que rassasiée à la fin du repas. Le fait que je n’aimais pas le lait, celui-ci étant tiré de la vache tous les soirs, était relativement inconcevable pour elle, et je finis donc pour lui faire plaisir par accepter une petite louche à chaque repas. Mais avec la technique népalaise, mélangé au riz ou trempé les chapatis dedans, j’ai fini par apprécié à son plus grand plaisir. Sans qu’elle me l’ai dit je crois qu’elle était assez inquiète de me voir manger si peu.

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L’après midi commence donc à 10h30 maximum. Après deux tournés d’oeufs, il n’y a plus rien à faire. Chacun parlant népalais, je ne peux participer aux discussions. Je lis énormément, pense, fait le point, prend de nouvelles résolutions. Bref, je mets le silence qui met offert à contribution. Je m’en sers et cogite. J’ecrirais beaucoup aussi. Tant et si bien que certains penseront que j’écris un livre.
Dans la cour, il y a toujours du monde, un couple qui sont des amis de Durga, les voisins avec leurs deux garçons, et des gens du village. Chacun prend une chaise et profite de l’ombre que nous apporte les manguiers. Quand une mangue tombe, je me lève et la place dans le saut. Parfois un des voisins monte dans un arbre pour détacher un jack fruit. Cet énorme fruit, accompagnera ensuite le chai de 15h.

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Aux alentours de 16h, la journée s’accélère un peu, il faut donner à boire aux poulets. Le système est assez ingénieux, nous remplissons un tank avec des sauts d’eau. Celui-ci étant placé en hauteur, il distribue de l’eau au poulet, en contrebas. Puis nous faisons un autre tour pour les oeufs, nettoyons les deux grands poulaillers et leur donnons à manger. À 6 heures, je me réinstalle sur ma chaise, livre en main.

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Le soir, nous mangeons tous les trois dans la cuisine, assis à même le sol. Dhal bhat ou chapatis. Durga ayant vu que je mangeais plus de chapatis que de riz, je la soupçonne de privilégier les chapatis le soir.

Nous profitons ensuite du léger rafraîchissement de l’air, et admirons les étoiles. Moi je profite de la présence du papa pour parler anglais, lui poser des questions, lui raconter des choses, échanger tout simplement. Je pars ensuite prendre ma douche et à 21h, tout le monde est au lit, bien protéger sous sa moustiquaires.

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Ici, je découvre qu’on peut être heureux avec très peu. Ici la maison est composé de deux pièces. La chambre avec deux lits, une armoire et une table. La cuisine avec un gaz, des étagères et le petit temple de la maison.

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L’eau courante est à l’extérieur.

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Les toilettes dans la cour, 4 murs, un trou et un saut d’eau.

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La salle de bain, 4 murs, des toilettes comme chez nous qui ne marchent pas, une douche qui est en fait un bout de tuyau sortant du mur, 19 araignées et 13 escargots.

Durga nous fait à manger avec le riz qu’ils récoltent une fois tous les deux ans, les légumes et plantes du jardin, le lait de la vache, et de l’huile du sésame qu’ils cultivent. Ici pas de viandes, pas de fromages, ni de crème, pas d’oeufs, pas de pain mis à part les chapatis. Et on s’y fait et on se rend compte qu’on a pas forcément besoin de plus. Nous nous éclairons avec l’électricité locale qui marche parfois 30 minutes le soir. À part les téléphones, la télé qu’ils n’utilisent pas, et mon ventilateur qui ne marchent pas, nous avons rien d’autres d’électrique. Pas de frigo, pas de four, pas de chaîne hi-fi, pas d’ordinateur, pas de chauffe eau. Ici, on vit avec le rythme de la nature, se levant quand il fait jour, se couchant quand il fait nuit. Faisant le minimum quand il fait trop chaud, restant à l’abri quand il pleut. Et on se rend compte qu’avec ce peu, il trouve des solutions écologiques magnifiques. Ici tout est fait maison, mise à part quelques paquets gâteaux, il n’y a donc pas de déchets, pas de papiers toilettes non plus. Le gaz qu’ils utilisent est issu de la macération des excréments de la vache. Et ça marche !

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Après une semaine, je décide d’aller à Lumbini. J’ai l’impression d’avoir pris une semaine pour moi mais aussi une semaine pour mieux comprendre le Népal. J’avance un pas de plus sur mon chemin. Je suis sereine, le silence m’a fait du bien. J’ai encore réaliser des choses. Je me suis pardonnée pour certaines autres. Je me suis promis de ne plus faire certaines erreurs.

Le matin, je dis au revoir à la famille qui m’a accueilli une semaine. Durga qui a veillé sur moi, le papa qui avec ces mots m’a ouvert une fenêtre sur le Népal, la petite mamie qui me parlait tous les jours en népalais peut importe que je comprenne ou non, une de filles de la famille qui nous a rejoint la veille.

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Nous partons en moto pour rejoindre la fameuse ville Narayangarh. Je quitte la maison sous une petite pluie. Pas facile de se maintenir sur une moto avec son sac de 15 kg sur le dos et son petit sac dans les bras. La route est mauvaises et nous slalomons entre les trous. À chaque intersection, il y a un gros arbre, des bancs et un petit temple. Tout est vert, rizières de partout. Une chaîne de montagnes entoure la vallée donnant un étrange aspect à l’horizon. À chaque petit saut, j’essaye de repositionner mon sac sans trop bouger. Je profite du paysage, de l’air frais, de la douce pluie qui tombe sur mon visage et réalise que j’ai fini par m’attacher à ce pays.

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